Parti Progressiste Guyanais

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L'enigme sénatoriale

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En tant que citoyen du monde je m’oblige à m’interroger sur les institutions des diverses civilisations pour comprendre à quoi elles ont servi, quelle a été leur impact sur l’évolution des sociétés humaines et surtout comment interviennent les altérations, les perversions qui conduisent à leur chute, à leur obsolescence. Ainsi, les élections sénatoriales du 29 septembre 2014 m’ont interpellé tant sur le plan national que sur celui régional concernant la Guyane.


Bien sûr, je ne suis pas passéiste et donc, je ne demande pas une interprétation littéraliste des fondements de cette institution qu’est le Sénat. Je le précise car, je ne tiens pas à donner des arguments aux candidats à la fonction de sénateur qui, pour justifier leur dextérité en matière de prestidigitation politique, tenteraient de me faire passer pour un fondamentaliste, un intégriste de la chose politique, ce qu’ils savent, au plus profond d’eux-mêmes, que je ne suis pas.


Cependant, Il m’apparaît important de préciser que c’est dans l’instant qu’il est nécessaire de noter les événements qui, en fonction du niveau de responsabilité de chacun, peuvent exprimer soit un recul, soit une avancée en termes d’organisation sociale, de structuration sociétale. Cela me semble contribuer à la compréhension historique d’un territoire. L’interrogation me vient du fait que la France proclame un idéal de valeurs universelles et la réalité apparaît en déphasage avec ces valeurs.


C’est avec la constitution thermidorienne en 1795 que naît la chambre sous le nom de « Conseil des Anciens » devenue le Sénat. Elle vient de la Grande-Bretagne. Sans entrer dans tous les détails pouvant justifier l’intérêt de cette Chambre haute de l’époque et notamment le risque d’une dictature par la seule Assemblée législative, force est de reconnaître qu’il y avait un principe qui gouvernait son existence et celui-ci trouvait sa justification non pas sur un principe individuel mais, sur un principe collectif. A preuve, les révolutionnaires n’étaient pas tous d’accords pour sa création. Qu’en est-il aujourd’hui ? L’esprit à l’origine de cette construction règne t-il toujours ? L’institution est-elle obsolète au regard de la dernière constitution qu’est la 5ème République ? Enfin, les raisons qui motivent les candidats à ces élections sont-elles de même nature qu’à l’époque c'est-à-dire la sérénité du territoire, la sauvegarde des libertés individuelles et collectives. Autrement dit, l’intérêt du peuple par la sagesse gouvernant les institutions.


Toutes ces questions ont leur importance. Chacun pourra s’il le désire se documenter sur l’histoire de cette institution, sur son système électoral et son mode de scrutin. Ce qui m’intéresse est l’état d’esprit des grands électeurs et les candidats à la fonction de sénateur, leur mode de fonctionnement intellectuel, leurs discours. Si on les appelle les grands électeurs on peut penser à l’évidence qu’ils sont devenus grands grâce aux petits électeurs qui les mettent en place, c’est-à-dire le peuple. Par suite, on est en droit d’attendre d’eux plus de vertus que les petits, plus de cohérence dans leurs actes et dans leur pensée. Ils sont censés avoir une culture politique supérieure à celle du peuple. Ils sont donc en apparence plus avertis, plus instruits de la chose politique. En conséquence leurs actes ne souffrent pas du produit de l’ignorance.


Il se trouve que sur l’espace national l’événement sénatorial est l’élection de deux sénateurs du Front National. Cela en dit long sur les tractations. Le Front National n’a pas autant de grands électeurs qui puissent permettre l’arrivée à la chambre haute de deux de leurs membres. Il faut donc convenir qu’il a eu le soutien de grands électeurs qui prétendent à visage découvert être des républicains et porteurs de valeurs universelles or, les actes prouvent le contraire. Ces quelques personnes ignorent l’histoire ou, ne tirent aucune leçon de l’histoire. A titre d’exemple, entre 1923 et 1933 Hitler est arrivé au pouvoir en ayant fait au plus fort de la crise moins de 44% aux élections. Il a bénéficié de circonstances liées à l’état économique et social de l’Allemagne de cette période mais également, du manque de caractère de certains représentants de l’Etat allemand. A partir de 1933, tout est allé très vite.


Sur l’espace régional qu’est la Guyane, l’événement sénatorial est l’élection de l’ancien Président du Conseil Régional  encarté au PSG (Parti Socialiste Guyanais) durant la période 1992 – 2010 soit dix-huit ans de règne partagé volontairement avec l’UMP local sur le segment de temps allant de 1998 à 2004. Il aspirait à être parlementaire coûte que coûte. Il a en effet tenté en 2007 l’élection législative sur la première circonscription et, les électeurs l’ont placé en 3ème position. Par implication, ce que les petits électeurs ne lui ont pas accordé, les Grands électeurs l’ont fait. Il va bien falloir expliquer un jour cette sorte de tour de magie à la population. Dès les résultats connus, il s’empresse de dire qu’il travaille avec tout le monde et qu’il est prêt à travailler avec la droite (évidemment à l’heure où nous avons nos résultats la couleur politique de la Chambre Haute est connue). Il s’empresse de dire approximativement ceci, et ce n’était pas indispensable, que c’est souvent avec la droite que la Guyane a obtenu des avantages. Sur le plan du caractère, de la personnalité, tout est démontré par cette simple phrase. On oublie presque la politique exprime la conviction et la détermination. C’est par ces valeurs qu’on est respecté des autres et notamment des adversaires. Par ailleurs, comment peut-il convaincre les citoyens de sa volonté de travailler comme il le dit pour son pays, alors qu’il avait un outil qu’il n’a su ni rendre performant par ses résultats, ni dénoncer pour son incompatibilité avec les exigences de développement d’un territoire qui n’est pas en interaction avec le territoire hexagonal.

Si nous revenons aux résultats de ces élections, nous constatons qu’au premier tour il y a eu 17 élus qui se sont abstenus. Le mandat d’élus est un mandat qui s’honore par la responsabilité. Comment demander à l’électeur lambda d’être responsable au regard de la notion de citoyen et, constater que les grands électeurs cultivent la même carence. Au deuxième tour 7 élus ont confirmé leur irréductibilité. La lecture de ce deuxième tour me conduit au choix d’une hypothèse parmi d’autres mais que je trouve réaliste et en adéquation avec ce qui s’était dit avant l’ouverture de la campagne et le dépôt des candidatures. Je pense légitimement que le score réalisé par Hubert Contout est lié certes à un problème d’organisation en ce qui concerne les bulletins mais, je crois qu’il perd les voix de certains grands électeurs de la municipalité de Kourou qui ont certainement opté au second tour pour le candidat Antoine Karam dans le cadre des relations Guyane 73 et le PSG.


Enfin, il est difficile à l’entendement de ne pas prendre en compte la liaison dangereuse que peut générer l’argent. Je ne prétends pas qu’il y a de la corruption financière, je ne dirai pas qu’il y a de la corruption morale, il faut des preuves tangibles pour l’affirmer. De surcroît, tous les candidats n’ont pas le même profil. Mais, avec la réserve parlementaire comprise entre 130 000 € et 150 000 € par Sénateur et la possibilité du financement public  sensiblement égal à 48 000 €/an attribués aux partis politiques qui ont un parlementaire, le système peut être vite perverti et cela est plus facile pour les candidats qui sont issus d’un parti politique. Il peut, ce parti, accepter toutes les soumissions lorsqu’il n’est pas convaincu de sa ligne politique comme un journal qui trahit sa ligne éditoriale pour réaliser de meilleures recettes.


Ceux qui veulent croire que l’intérêt du peuple est la préoccupation de tous les candidats aux fonctions électives ont leur conscience pour eux. Cependant, il faut admettre qu'il y a ceux qui objectivement ont conscience de leur responsabilité en tant qu’élus. Ils ne font pas de discours profondément politique mais, ils assument correctement les tâches qui leurs incombent.

 

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Et si le peuple disait oui par Jean-Marie TAUBIRA

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